Commémoration d’ Auschwitz.
 

Message de Jean-Paul II

- « Il n’est permis à personne de passer avec indifférence devant la tragédie de la Shoah », déclare le pape Jean-Paul II dans son message en polonais, dont le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, était porteur à Auschwitz. Il a été lu par le nonce apostolique en Pologne, Mgr Jozef Kowalczyk. Un message en date du15 janvier 2005, dont voici quelques extraits (texte intégral in « Documents »).

Il n’est permis à personne de passer avec indifférence

« Il n’est pas possible d’oublier le drame qui s’est produit en ce lieu, résultat tragique d’une haine programmée. En ces jours, il faut se souvenir des millions de personnes qui, sans aucune faute de leur part, ont supporté des souffrances inhumaines et ont été anéanties dans les chambres à gaz et dans les fours crématoires. Je m’incline devant tous ceux qui ont eu à subir cette manifestation du mysterium iniquitatis ».

« Lorsque, comme pape, j’ai visité le camp d’Auschwitz-Birkenau en 1979, je me suis arrêté devant les pierres consacrées aux victimes. Elles portaient des inscriptions en plusieurs langues ».

« Dans toutes ces langues était gravé le souvenir des victimes d’Auschwitz, de personnes concrètes, bien que souvent totalement inconnues : des hommes, des femmes et des enfants ».

« Je me suis alors arrêté un peu plus longuement devant la pierre portant l’inscription en langue hébraïque, disant : « Cette inscription rappelle le souvenir du peuple dont les fils et les filles étaient destinés à l’extermination totale. Ce peuple tire son origine d’Abraham, qui est notre Père dans la foi (cf. Rm 4, 11-12), comme l’a dit Paul de Tarse. Ce peuple, qui a reçu de Dieu ce commandement : ‘Tu ne tueras pas’, a éprouvé en lui-même à un degré spécial ce que signifie tuer. Devant cette pierre, il n’est permis à personne de passer avec indifférence » ».


Qui, au nom de la religion, recourt aux abus de pouvoir et au terrorisme

« Je répète aujourd’hui ces paroles. Il n’est permis à personne de passer avec indifférence devant la tragédie de la Shoah. Cette tentative de destruction systématique de tout le peuple juif reste comme une ombre sur l’Europe et sur le monde entier ; c’est un crime qui marque pour toujours l’histoire de l’humanité. Cela sonne, au moins pour aujourd’hui et aussi pour l’avenir, comme un avertissement : on ne doit pas céder devant les idéologies qui justifient la possibilité de violer la dignité humaine en se fondant sur les différences de race, de couleur de peau, de langue ou de religion. Je renouvelle cet appel à tous, et particulièrement à ceux qui, au nom de la religion, ont recours aux abus de pouvoir et au terrorisme ».

Des gestes de Jean-Paul II

Le pape mentionnait la liturgie pénitentielle solennelle qui a eu lieu à Saint-Pierre le 12 mars 2000, pendant le Grand Jubilé, mais aussi sa « montée » à Jérusalem, et sa visite, le 23 mars 2000, au Mémorial de la Shoah de Yad Vashem et au Mur occidental du Temple, le Mur des lamentations, le 26 mars : « J’ai prié en silence, demandant pardon et la conversion des cœurs ».

Le pape mentionnait aussi les Russes « qui ont eu le plus grand nombre de personnes ayant perdu tragiquement la vie au cours de cette guerre », et les Roms, « dans les intentions d’Hitler », « aussi destinés à l’extermination totale ».

La Pologne, vendue comme esclave à une autre idéologie destructrice

A propos de la Pologne, alors rayée de la carte, et de l’Europe, le pape ajoutait : « J’ai déclaré alors que l’expérience d’Auschwitz constituait encore une « étape des luttes séculaires de cette nation, de ma nation, pour défendre ses droits fondamentaux parmi les peuples d’Europe. C’était encore un autre cri pour le droit d’avoir sa propre place sur la carte de l’Europe. Encore un compte douloureux avec la conscience de l’humanité ». L’affirmation de cette vérité était seulement un appel à la justice de l’histoire pour la nation qui avait affronté tant de sacrifices pour la libération du continent européen de la néfaste idéologie nazie et qui avait été vendue comme esclave à une autre idéologie destructrice : le communisme soviétique. Aujourd’hui, je reprends ces paroles - sans les renier - pour rendre grâce à Dieu, parce que, grâce à l’effort persévérant de mes concitoyens, la Pologne a trouvé sa juste place sur la carte de l’Europe. Mon souhait est que cet événement historique porte des fruits d’enrichissement spirituel réciproque pour tous les Européens.


Le don de la paix pour le monde

« Au cours de ma visite à Auschwitz-Birkenau, j’ai dit aussi qu’il faudrait s’arrêter devant chaque pierre. Je l’ai fait moi-même, allant d’une pierre à l’autre, méditant et priant, et recommandant à la Miséricorde divine toutes les victimes qui appartiennent aux nations marquées par les atrocités de la guerre. J’ai prié encore pour obtenir, par leur intercession, le don de la paix pour le monde. Je continue de prier sans cesse, dans la confiance que finira par l’emporter en toute circonstance le respect de la dignité de la personne humaine, des droits de tout homme de rechercher librement la vérité, de l’observance des normes de la moralité, de la pratique de la justice et du droit de chacun à des conditions de vie conformes à la dignité humaine ».

Le mal n’aura pas le dernier mot

A côté de « cette indescriptible accumulation du mal », le pape mentionne les « manifestations héroïques d’adhésion au bien ».

« Il y eut sans aucun doute quantité de personnes qui acceptèrent, dans une grande liberté d’esprit, d’être soumises à la souffrance, et qui firent preuve d’amour non seulement envers leurs compagnons prisonniers, mais aussi envers leurs bourreaux ».

« Même si l’homme est capable d’accomplir le mal, parfois un mal considérable, le mal n’aura pas le dernier mot. Dans l’abîme même de la souffrance, l’amour peut être vainqueur. Le témoignage de cet amour, attesté à Auschwitz, ne peut tomber dans l’oubli. Il doit sans cesse réveiller les consciences, éteindre les conflits, exhorter à la paix ».


Pour les hommes d’aujourd’hui, un appel à la responsabilité

« Tel paraît être le sens le plus profond de la célébration de cet anniversaire. Si en effet nous faisons mémoire du drame des victimes, nous ne le faisons pas pour rouvrir des blessures douloureuses ni pour réveiller des sentiments de haine ou des projets de vengeance, mais nous le faisons pour rendre hommage à ces personnes, pour mettre en lumière la vérité historique et par-dessus tout pour que tous se rendent compte que ces terribles événements doivent être pour les hommes d’aujourd’hui un appel à la responsabilité, pour construire notre histoire. Que ne se reproduise jamais plus en aucun lieu de la terre ce qu’ont subi les hommes et les femmes que nous pleurons depuis soixante ans ! »


CITE DU VATICAN, Jeudi 27 janvier 2005 (ZENIT.org)





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