19 témoins de la fraternité

« Nos bienheureux martyrs nous signifient que nous sommes ensemble sur le même chemin de sainteté. »


 

Le lecteur de « Tissez des liens » aura deviné sans peine que les 19 témoins évoqués sont les 19 martyrs d’Algérie qui vont être béatifiés par l’Église, le 8 décembre prochain, à Oran. “Martyr” et “témoin” ont la même signification.
Parmi eux, notre diocèse en compte trois. Luc, né à Bourg-de-Péage, trappiste formé à Notre-Dame d’Aiguebelle. Il a soigné des milliers de patients dans le petit dispensaire du monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Tibhirine, où il exerça la médecine pendant plus de cinquante ans. Christophe, de la même communauté, a de la famille à Ancône. Henri, frère mariste, catalan d’origine, a commencé sa formation à la vie religieuse à Saint Paul-3-Châteaux. Il a été au service de la jeunesse algérienne pendant vingt-cinq ans, de 1969 à 1994. Le 16décembre, au monastère d’Aiguebelle, nous célèbrerons les nouveaux martyrs, avec notre évêque.
Pour être en communion avec le témoignage donné par les 19, je transcris quelques passages de la récente “Lettre pastorale” de Mgr Paul Desfarges, archevêque d’Alger. Il l’intitule : « La béatification de nos frères et sœurs, une grâce pour notre Église ». Cette grâce est aussi la nôtre.
« Nous pouvons recevoir leur béatification comme une confirmation de la vocation de notre Église à être “sacrement de la charité du Christ” pour tout le peuple où elle est plantée »… « Ils ont scellés dans notre peuple une fraternité dans le sang versé. Leur vie a été prise en même temps que celle de milliers de leurs frères et sœurs algériens qui, eux aussi, ont perdu la vie en choisissant de rester fidèles à leur foi en Dieu, à leur conscience et par amour de leur pays… Leur vie était liée d’un lien d’alliance avec celles et ceux dont ils partageaient le quotidien ».
« Nos bienheureux martyrs nous signifient que nous sommes ensemble sur le même chemin de sainteté. La béatification de nos frères et sœurs est une grâce communautaire qui nous appelle tous, mais ensemble, à la sainteté. Ils nous entraînent sur le chemin de la sainteté ordinaire ». Ce soulignement dans le texte de l’archevêque d’Alger me rappelle ce qu’écrivait Christian de Chergé, le 5 juillet 1994, à son Abbé général, à propos du frère Henri : « J’étais personnellement très lié à Henri. Sa mort me paraît si naturelle, si conforme à une longue vie toute entière donnée par le menu. Il me semble appartenir à la catégorie que j’appelle “les martyrs de l’espérance”, ceux dont on ne parle jamais parce que c’est dans la patience du quotidien qu’ils versent tout leur sang ».
« Nos bienheureux nous laissent aussi le témoignage du dialogue spirituel. Tous les dix-neuf n’ont pas fait partie du Ribât Es-Sâlam, le lien de la Paix, ce groupe de rencontre, de partage, de prière entre chrétiens et des musulmans. Mais tous en vivaient l’esprit dans le cœur et la prière. Il s’agit d’un chemin d’humanité vécu dans toute sa profondeur spirituelle ».
En conclusion, l’archevêque d’Alger écrit : « Voulons-nous devenir des saints, à la suite de nos bienheureux ? Icône de notre Église, leur vie constitue pour nous un appel fort à renouveler notre oui à notre vocation ecclésiale… La vocation de l’Église est toujours de donner sa vie pour le peuple où elle est plantée depuis les martyrs des premiers siècles… Il me semble que nos bienheureux, par leur vie, et par leur mort, mettent en lumière le sens de nos eucharisties et leur mystérieuse fécondité...
« Bienheureux martyrs d’Algérie, obtenez pour notre Église, à travers chacun de ses membres, d’être, chaque jour davantage, un authentique témoin de la Charité du Christ ».
Au début d’une nouvelle année liturgique, faisons nôtre cette demande et confions-la à la prière de Marie, l’étoile de l’Avent.
Frère Alain Delorme






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